Marathon de Berlin

MARATHON DE BERLIN  entre Paradis et Enfer !

Ce marathon aura été certainement le plus difficile mais également le plus riche en émotions. Cinq mois de souffrance, de douleurs !!! Trois mois de blessures, de doutes !!! Des radios, des échographies, des scanners, des IRM, des visites chez les médecins, chez le kiné, tellement que tu as l’impression qu’on t’a autopsié de partout  !!! Et puis le couperet tombe deux mois avant la course : tendinite du semi-membraneux à la jambe droite et tendinite de l’ ischio à la jambe gauche. On me donne le feu vert en m’expliquant que cela se fera dans la lenteur et la douleur mais que c’est possible ! Le doute est là ! Des dizaines et des dizaines de messages de soutiens d’ami(e)s, de collègues, de camarades de courses !!! Des pleurs, oh oui il y en a eu des larmes ! Et puis 48 heures avant le jour J le stress est tel qu’il m’est impossible de m’alimenter : la seule chose que mon estomac accepte c’est le Coca Cola Light et la certitude que tu ne pourras pas prendre le départ tant tu es faible !!! Et puis tes retrouvailles avec un ami qui vont tout changer et vont être le tournant décisif de ce défi complétement fou.

Je prendrais donc le départ avec une copine, à la cool, en espérant le terminer dans les temps, sans abandonner ; mais même si abandon il y a, j’aurais jeté toutes mes forces, donné tout ce que j’ai, puisant dans le peu de réserve que mon corps a à cet instant…. L’arrêt ne sera envisageable qu’en cas de force majeure.

Nous voilà au jour J. J’arrive à avaler une banane, beau festin d’avant course. Claude, ma moitié, est déjà sur le départ (privilège d’être une fusée). Moi je pars bien après ! Viens l’heure de se diriger vers notre SAS de départ, le SAS G. Notre vague part à 9h50.

Il y a une ambiance énorme. Ca chante, ça danse, tout le monde est fin prêt ! Avec ma copine, nous faisons les fofolles pour essayer de masquer notre tension ; de toute façon impossible de faire machine arrière. Je suis toutefois toujours dans le doute concernant la possibilité de finir ce marathon dans les temps et dans quel état physique ! Séance de clapping… C’est le coup de feu ! On part ! C’est fluide ! Les coureurs immortalisent leur départ par des vidéos et des selfies.

Dans les premiers pas du départ, je contemple l’ampleur du Tiegarten Park, des milliers de joggeurs, c’est impressionnant ! Tiegarten Park est un endroit protégé depuis toujours. C’est la forêt dans la ville. L’endroit avait d’ailleurs été désigné comme endroit de chasse récréative il y’a plus de 100 ans.

Le départ est lancé dans la défunte zone de l’Ouest. Le premier monument que l’on croise se trouve un peu avant le km1 : la Berlin Victory Tower. Monument construit en l’honneur de la victoire de l’Empire Allemand envers des pays comme la Russie, la France, l’Autriche dans le courant du 19ème siècle.

Ce kilomètre ressemble à une course d’obstacle tant il faut slalomer entre chaque participant. Nous croisons un homme simplement habillé d’un tutu rose et d’un haut de maillot de bain ; notre sexy boy. Nous le croiserons à plusieurs reprises sur la course.

Il pleut mais j’ai chaud avec mes straps et mes manchons de contention. J’ai également très soif ! Vivement le km5 et le premier ravitaillement.

La douleur est déjà présente ! J’essaie de ne pas y penser en discutant. Le ravitaillement se fait à l’aide de gobelets en plastique, gros point négatif, mais qui deviendra positif ensuite me permettant de faire une halte pour avaler mes gels OVERSTIM.

Il pleut toujours et les gobelets jetés par terre rendent la chaussée glissante et dangereuse.

A cet instant j’avance de 5kms en 5kms essayant de gérer au mieux cette p****n de douleur.

Du Km6 au Km10, nous allons traverser le quartier résidentiel de Berlin.

Km7, on pénètre dans la zone de l’Est. Nous nous trouvons près du Reichstag, Parlement Allemand qui a été reconstruit tout comme le reste des monuments suite aux bombardements de 1945. Un petit faux plat montant que me fait remarquer Wilma, mon amie. Rien de monstrueux mais lorsque l’on souffre chaque dénivelé est ressenti.

Le Km10 arrive et à partir de cet instant les ravitaillements se feront tous les 2,5 kms. Je dois absolument tenir jusqu’au semi en courant ; après même si je marche jusqu’à la fin je dois pouvoir finir avant le couperet des 6h15.

Km11 Nous passons non loin d’Alexander Platz et de la Tour de télévision haute de 368m. Ensuite on emprunte la Karl Marx Allée ; témoin de l’ex-Berlin Est et son architecture assez austère très « RDA ». C’est d’autant plus flagrant que le reste de la ville a complètement changé et s’est beaucoup modernisé.

On continue à traverser les différents quartiers de Berlin : Neukoölln, Kreuzberg… Berlin a beaucoup de visages, les décors changent selon les districts.

Km15 au Km 20 : Zone industrielle propre à la défunte Allemagne de l’Est, franchissement de bâtisses délabrées. La fatigue arrive légèrement. Ma jambe droite est de plus en plus douloureuse ; ma copine a également très mal à ses muscles ischio-jambiers.

Elle me dit de continuer sans elle, de faire ma course. Bien sûr je refuse. J’ai commencé avec elle et je finirais avec elle. Je lui dis que je souffre autant qu’elle même si je ne dis rien. Nous repartons donc toutes les deux ensemble, en alternant course et marche. Nous allons aller la chercher cette médaille ; je la veux même si je dois serrer les dents jusqu’à la fin.

A partir du Km20, retour vers l’Ouest. Là, je vais avancer 2kms par 2kms. Encore 11 x 2 kms.

Pour rendre la course plus vivable nous nous arrêtons prendre des photos avec des pompiers et des policiers Berlinois.

Nous passons sous l’arche du semi. Je suis hyper heureuse même si j’ai très mal car je sais que la médaille est accessible.

A cet instant, je me mets à penser à tous mes amis restés en France et qui doivent me suivre sur l’application en direct, à ma mère qui me dit que tout va bien se passer car mon défunt grand-père lui a assuré et à Claude qui doit énormément penser à moi.

Km23 je prends une pause pour appeler ma maman afin de la rassurer. Il pleut toujours très fort et nous devons réajuster notre dossard qui se déchire avec la pluie.

Passage au Km30. On se trouve au point le plus éloigné de la ligne de départ/d’arrivée.  On entre dans le cœur de Berlin.

J’ai le mental, rien ne peut plus m’arrêter ! Sur le trottoir, il y’a un homme qui a déjà la médaille,  on s’arrête pour la contempler. Elle est magnifique ! De toute façon même si  elle était moche je l’aurais trouvé belle, tant elle a été difficile à avoir. J’embrasse son trophée.

Nous continuons bon an, mal an, notre périple. Claude a déjà fini et il me dit qu’il nous rejoindra vers le 38ème. Il est à l’hôtel, quelle chance ! Quel homme ! C’est formidable ce qu’il fait !

Km 35 : On se rapproche du quartier de la ligne de départ et d’arrivée. L’endroit est très vivant, c’est le quartier « shopping » de la ville, la rue Kurfunsten Damm typique et oh combien connue pour ses boutiques et restaurants tels le Hard Rock Café ou Kadewe.

Claude nous rejoint…

KM39 Postdamer Platz… Plus que 3 kilomètres ; les corps sont fatigués, affaiblis, trempés …

Le marathon peut toujours surprendre et rien n’est jamais acquis. D’ailleurs je mets en garde ma copine de bien regardé où elle met les pieds car il serait dommage de se tordre une cheville à cet instant où la fin est proche.  Si cela arrivait Claude la porterait sur ses épaules jusqu’à la finish line…

Les douleurs sont de plus en plus insupportables mais je ne lâche rien.

Nous venons de réintégrer l’ancien Berlin Ouest. Nous sommes très proches des vestiges d’Hitler et de son défunt bunker. Triste histoire de cette ville.

Intersection sur Unter den Linden et Glinkastraβe. Bon rien d’exceptionnel mais elle indique le dernier virage avant l’arrivée.

Il reste 1km… La foule est nombreuse, l’atmosphère est à la fête, on crie nos prénoms telles des stars, c’est euphorisant ! Il y a là des milliers de spectateurs ! La porte de Brandeburg est là ! Majestueuse et chargée d’histoire. On passe d’abord devant l’Hôtel Adlon, rendu célèbre par un certain Mickaël Jackson qui avait laissé pendre les jambes de son fils dans le vide. Puis franchissement de la célèbre porte.

Ce moment est lourd en émotion ! On aperçoit enfin l’arche « Ziel ». L’arrivée en descente permet de faire un brin de vitesse et d’être au meilleur de sa présentation pour la photo finish.  Plus que 300 m.. J’ai réussi, (très loin de mon temps habituel) ; mais oui nous l’avons fait ; 3 mois d’enfer et d’incertitude se clôturent !

Place maintenant au repos (entre 6 et 8 semaines). Je dois revenir en pleine forme car Boston m’attend en 2020.

Elisabeth D.

Le temps d'Elisabeth : 5h14'32''

Le temps de Claude : 3h17'19''

Berlin dauge

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