Ecotrail 2021

Le récit raconté par Benoît

Ecotrail Paris 2021 : la saison est enfin lancée

Samedi 3 juillet s’est tenu l’Ecotrail avec environ 6000 coureurs répartis sur 5 épreuves pour des distances allant de 10 à 80 kms. La section était représentée par Laurent et Xavier sur le 45 et par Charles et moi-même sur le 30. Lionel aurait dû faire le 80 mais, selon mes sources, une blessure en préparation l’en a malheureusement empêché. Il n’est d’ailleurs pas évident que cette blessure inopportune n’ait pas été un bienfait pour lui tant nous avons souffert sur le parcours.

Cela étant, cela faisait plus d’un an que la majorité des concurrents n’avait pas épinglé un dossard et nous étions tous impatients et très contents d’écouter le speaker s’égosiller pour mettre un peu d’ambiance avant le départ. Celui du 30 km avait la voix de Gad Elmaleh à tel point que nous avons cru que la pub LCL où il rêvait d’une banque avait sonné le glas de sa carrière et qu’il intervenait pour nous entre l’animation d’un bingo dans un EHPAD de banlieue et une vente de charcuterie dans le supermarché du coin. Mais ce n’était pas lui, pas même un sosie.

Sur le 45 km, le départ est une pure merveille. Au petit matin, cette assemblée de coureurs dans ce vaste jardin ; les alignements d’arbres, la nature bien verte, les plans d’eau miroitants, et d’autres sportifs qui viennent mettre à l’eau leur aviron : on est bien à Versailles. Pour un peu, Laurent en oublie pourquoi il traîne ses guêtres dans le coin. Et ça continue, puisque la course commence par faire le grand tour de ce plan d’eau avec 4 premiers kilomètres en mode touriste avant de passer la grande grille et oublier le domaine royal. Les coureurs retrouvent vite les allées et les sentiers typiques d’Ile de France … avec les premières montées, pas si longues, mais elles reviennent… si bien que, hé hé, dès le 20ème km, Laurent a senti les premières alertes….

Il sait alors que ça ne va pas être une promenade de santé mais reste positif : la météo, pas trop estivale, est plutôt favorable pour un 3 juillet et la moitié est déjà de faite. Il ne va pas péter le chrono mais rentre en mode warrior. La ligne est encore loin, mais heureusement son expérience sur des trails plus courts l’aide : il arrive sur les chemins reconnus en préparation. Il est néanmoins surpris par le nombre de coureurs qui n’en étaient plus, comme lui… Il ne doublait plus mais ne se faisait que peu doubler… Bref comme partagé avec un compagnon de galère à l’arrivée, peu de temps après celle de Xavier, ça a été compliqué pour pas mal de traileurs. Les jambes sont dures, les corps fatigués mais il a le sourire pour avoir vaincu la distance et le dénivelé, et une bonne bière récompense ses efforts.

Sur le 30 km, après le coup de pistolet qui donnait le départ dans le jardin de l’Observatoire de Meudon à 14heures, Charles et moi avons emboîté le pas aux autres coureurs, fermant la marche de notre vague au petit trot, et nous sommes enfoncés dans les bois sur des chemins ombragés et ne laissant que peu d’opportunité pour dépasser sauf si côtoyer les orties ne vous pose pas de souci particulier. De fait, nous avons commencé à doubler péniblement, à coups d’accélérations subites lorsqu’une opportunité se présentait, et après quelques kilomètres, j’ai profité d’un passage boueux autour duquel un peloton de coureurs s’écartait tel la Mer Rouge pour foncer au milieu, souiller mes godillots irrémédiablement, éclabousser tous mes voisins au passage et surtout gagner un espace découvert avec du champ libre devant moi où courir devenait vraiment un plaisir. Je me suis retourné mais Charles n’était pas là, il avait sans doute préféré préserver la virginité de ses chaussures. J’ai continué, il faisait bon, je dévalais les descentes comme un cabri (je me suis découvert cette aptitude inattendue), les côtes n’étaient pas si dures et les quelques passages plats s’avéraient reposants.

C’est du moins ce que je croyais car dès le tiers de la course j’ai commencé à souffrir, jambes dures, souffle court, début de crampes d’estomac et incapacité à parler. Un spectateur de ma connaissance m’interpella autour du 15ème km : j’ai été à peine capable de lui faire un petit signe de la main. Vers le 16ème, nous avons été rejoint par les coureurs du 10 km qui était à mi-chemin de leur épreuve. Leur vélocité par rapport à la mienne m’a mis un bon coup derrière la tête mais un point d’eau m’a permis de me relancer jusqu’au ravitaillement officiel après une côte très sèche et pénible mais connue pour sa difficulté : le Fer à Cheval. Au 22ème environ, je sortais enfin du bois de Saint Cloud, en croisant avec plaisir Benjamin, ancien pensionnaire de la section et inscrit cette année sur l’épreuve reine de l’UTMB aux 170 kms (mais quelle idée !).

Nous pensions avoir fait le plus dur car il restait moins de 10 km en léger faux-plat montant. Mais ce n‘était qu’illusion : cette partie le long de la Seine, sans ombre, le long de la route, parmi les badauds, les poussettes, les goûters d’anniversaire et les cyclistes est devenue rapidement un calvaire et s’il était évident à présent que nous finirions, nous savions que ça serait très très long et laborieux et malgré ma lenteur j’ai dépassé beaucoup de coureurs dans un état bien pire que le mien. Un moment j’ai cru pouvoir finir sous les 3 heures mais cette espoir n’a pas duré. J’ai bien dû marcher un kilomètre en discontinu et trottiné le reste mais je suis arrivé au bout dans un état de fatigue et de douleur musculaire comme je n’en avais jamais connu. Néanmoins, j’étais entier, sans blessure malgré une préparation tronquée durant laquelle j’avais subi quelques alertes tendineuses et sans avoir chuté au contraire de Charles (j’ai raté ça, il a attendu que je me sois envolé pour se croûter).

Arrivé enfin sur le Pont d’Iéna, après un sprint intense de 50 mètres (je n’aurais pas pu plus) avec une concurrente qui me talonnait depuis quelques hectomètres, un bénévole m’a demandé si ça allait. Je n’en savais rien et, hagard, je n’ai pas su lui répondre mais j’ai quand même eu la présence d’esprit de mettre un masque et choisir la bière parmi le panel de boissons proposées (le reste du choix était une citronnade et une ginger beer et je pensais avoir mérité mieux).

Quelques minutes plus tard, j’ai retrouvé Charles et Benjamin, accompagné d’un de ses amis qui courait avec le dossard de la copine de Benjamin, blessée quelques jours plus tôt, et qui avait dû se freiner pour ne pas participer au podium féminin (sa barbe n’aurait pas laissé beaucoup d’incertitude quant à son sexe). Nous avons pris une pression assis au milieu du Pont d’Iéna, face à la Dame de Fer avant de rentrer en claudiquant pour nous nourrir, nous doucher et essayer de nous reposer. Comme c’était la nuit des musées, j’ai enchaîné avec Orsay mais je ne peux pas dire que c’est la meilleure idée que j’ai eue.

Deux jours plus tard, à l’heure où j’écris ces lignes, j’attends que la douleur passe, et avec elle cette furieuse envie de me faire amputer des deux jambes, en me demandant ce qui m’a pris de m’inscrire à la SaintéLyon ….

Les résultats

ECOTRAIL de Paris Date  Samedi 3 juillet 2021
918 arrivants     Distance 45 Kms
Classt/tps officiel NOM Prénom Temps officiel Temps réel Classement catégorie/tps officiel Arrivants Catégorie Catégorie
351 BOCHER Xavier 05:17:06   65 144 M0H
423 PEGAS Laurent 05:28:17   30 145 M1H
1484 arrivants     Distance 30 Kms
Classt/tps officiel NOM Prénom Temps officiel Temps réel Classement catégorie/tps officiel Arrivants Catégorie Catégorie
353 DUCHESNE Benoît 03:04:05   30 173 M2H
479 LESCOAT Charles 03:10:48   55 173 M2H
Ajouter un commentaire
 

Date de dernière mise à jour : 11/07/2021